Avec son sifflement strident qui résonne dans les vallées, la marmotte des Pyrénées est l’un des animaux les plus emblématiques de la haute montagne. Apercevoir ce petit mammifère dressé sur ses pattes arrière, scrutant les alentours, reste un moment inoubliable pour tout randonneur. Mais où voir des marmottes dans les Pyrénées, et que sait-on vraiment de leur mode de vie fascinant ? Ce guide complet vous dit tout sur la marmotte alpine (Marmota marmota), de son introduction dans les Pyrénées à ses meilleurs spots d’observation.
La marmotte alpine : portrait d’un mammifère montagnard
La marmotte alpine (Marmota marmota) est le plus gros rongeur d’Europe. Adulte, elle mesure entre 50 et 60 cm de long, queue comprise, et pèse entre 4 et 8 kg selon la saison. Son pelage brun-gris, dense et isolant, la protège des rigueurs du climat montagnard. Ses pattes courtes et puissantes, munies de griffes robustes, en font une terrassière hors pair capable de creuser des réseaux de galeries impressionnants.
Cet animal sociable vit en colonies familiales pouvant compter une dizaine d’individus. Chaque groupe occupe un territoire bien défini, jalonné de terriers principaux et de terriers secondaires servant de refuges temporaires. La marmotte des Pyrénées est strictement diurne : elle sort de son terrier au lever du soleil et y retourne avant la tombée de la nuit.
L’introduction de la marmotte dans les Pyrénées
Contrairement aux Alpes où elle est présente depuis la fin de la dernière glaciation, la marmotte alpine n’est pas originaire des Pyrénées. C’est en 1948 qu’un premier lâcher de 12 marmottes alpines a été réalisé dans la haute vallée de Luz-Saint-Sauveur, dans les Hautes-Pyrénées. L’objectif était de fournir une proie supplémentaire à l’aigle royal, dont les effectifs déclinaient.
D’autres introductions ont suivi dans les décennies suivantes, notamment en Ariège et dans les Pyrénées-Orientales. L’espèce s’est parfaitement adaptée au milieu pyrénéen et a colonisé progressivement l’ensemble de la chaîne. Aujourd’hui, la population pyrénéenne est estimée à plusieurs dizaines de milliers d’individus, preuve de la réussite de cette acclimatation.
Habitat : les pelouses alpines entre 1 500 et 2 800 m
La marmotte des Pyrénées affectionne les pelouses alpines situées entre 1 500 et 2 800 mètres d’altitude. Elle recherche des terrains bien exposés au soleil, avec un sol suffisamment meuble pour y creuser ses terriers, et une végétation rase offrant une bonne visibilité pour repérer les prédateurs.
On la trouve principalement sur les versants sud et sud-est, dans les prairies d’altitude parsemées de blocs rocheux qui servent de postes de guet. Les éboulis, les moraines et les abords des lacs de montagne constituent également des habitats privilégiés. Lors de vos randonnées vers le lac de Gaube, vous traverserez des zones particulièrement favorables à l’observation.
Comportement : cri d’alarme, terriers et vie sociale
Le sifflement caractéristique
Le cri d’alarme de la marmotte est un sifflement puissant et aigu, audible à plusieurs centaines de mètres. Ce signal sonore permet d’alerter l’ensemble de la colonie en cas de danger. Un sifflement bref et unique signale généralement un rapace, tandis qu’une série de sifflements rapprochés indique un prédateur terrestre. Dès le signal donné, toutes les marmottes se précipitent vers le terrier le plus proche.
Un réseau de terriers sophistiqué
Les marmottes creusent deux types de terriers. Les terriers d’été sont relativement simples, avec quelques entrées et des galeries courtes servant de refuge temporaire pendant la journée. Les terriers d’hiver, en revanche, sont de véritables ouvrages d’ingénierie : profonds de 2 à 3 mètres, ils comportent une chambre tapissée de foin sec où toute la famille se blottit pour l’hibernation.
L’hibernation : six mois de sommeil
Dès la fin du mois de septembre ou début octobre, les marmottes entrent en hibernation. Elles bouchent l’entrée de leur terrier avec un mélange de terre et d’herbes sèches et se roulent en boule, serrées les unes contre les autres. Leur température corporelle chute alors de 37 °C à environ 5 °C, leur rythme cardiaque passe de 200 à 5 battements par minute, et leur respiration ralentit considérablement.
Cette léthargie dure environ six mois, jusqu’en avril ou mai selon l’altitude et l’enneigement. Pendant cette période, les marmottes vivent sur leurs réserves de graisse accumulées durant l’été. Elles perdent entre 30 et 50 % de leur poids corporel au cours de l’hiver. C’est pourquoi l’automne est une période d’alimentation intense, cruciale pour leur survie.
Régime alimentaire : une herbivore opportuniste
La marmotte est essentiellement herbivore. Son régime alimentaire se compose principalement de graminées, trèfles, pissenlits, plantains et autres plantes des pelouses alpines. Elle consomme avec appétit les jeunes pousses au printemps, puis diversifie son alimentation au fil de la saison avec des fleurs, des graines et des racines.
Occasionnellement, la marmotte complète son régime avec des insectes (sauterelles, coléoptères) et des vers de terre, qui lui apportent un complément en protéines. Durant l’été, elle passe la majeure partie de ses heures d’activité à s’alimenter pour constituer les réserves de graisse indispensables à sa survie hivernale.
Prédateurs : l’aigle royal, menace venue du ciel
Le principal prédateur de la marmotte dans les Pyrénées est l’aigle royal (Aquila chrysaetos). Ce rapace majestueux, dont l’envergure atteint 2,20 mètres, est capable de fondre sur une marmotte à plus de 150 km/h. Les jeunes marmottes de l’année, moins vigilantes et plus légères, constituent ses proies privilégiées.
Le renard roux représente un autre prédateur important, surtout au crépuscule. Plus rarement, le gypaète barbu, le vautour fauve ou la buse variable peuvent s’attaquer à des marmottes jeunes ou affaiblies. Le système de sentinelles et le cri d’alarme permettent cependant à la colonie de limiter efficacement les pertes.
Où voir des marmottes dans les Pyrénées : les meilleurs spots
Voici les meilleurs endroits pour observer les marmottes dans les Pyrénées, testés et approuvés par les randonneurs.
Pont d’Espagne et vallée de Gaube (Hautes-Pyrénées)
C’est sans doute le spot le plus accessible et le plus réputé. Dès le parking du Pont d’Espagne (1 460 m), en montant vers le lac de Gaube, vous entendrez les premiers sifflements. Les marmottes y sont nombreuses et relativement habituées à la présence humaine, ce qui facilite l’observation. Le sentier qui longe le gave offre des points de vue dégagés sur les pelouses où elles s’alimentent.
Réserve naturelle du Néouvielle (Hautes-Pyrénées)
Le massif du Néouvielle, avec ses lacs d’altitude et ses vastes étendues de pelouses alpines, abrite l’une des plus belles populations de marmottes des Pyrénées. Les abords du lac d’Aubert et du lac d’Aumar, entre 2 100 et 2 300 m d’altitude, sont particulièrement propices. La randonnée des lacs du Néouvielle permet de combiner observation de la faune et paysages grandioses.
Lacs d’Ayous (Pyrénées-Atlantiques)
La célèbre randonnée des lacs d’Ayous, au pied du Pic du Midi d’Ossau, traverse des zones riches en marmottes. Entre le lac Gentau et le lac d’Ayous, les colonies sont bien implantées sur les pentes herbeuses. Le cadre est somptueux, avec le Pic du Midi d’Ossau en toile de fond, rendant l’observation encore plus mémorable.
Plateau de Beille (Ariège)
Le Plateau de Beille, accessible en voiture jusqu’à 1 800 m d’altitude, est un excellent spot familial pour observer les marmottes ariégeoises. Les vastes estives du plateau abritent de nombreuses colonies. L’accès facile et le terrain peu accidenté en font un site idéal pour une première rencontre avec les marmottes, y compris avec de jeunes enfants.
Quelle saison pour observer les marmottes ?
La meilleure période pour observer les marmottes dans les Pyrénées s’étend de mai à septembre. En mai et juin, au sortir de l’hibernation, les marmottes sont particulièrement actives et passent de longues heures à s’alimenter pour reconstituer leurs réserves. C’est aussi la période de naissance des petits (fin mai – début juin), qui pointent le bout de leur museau hors du terrier vers la mi-juin.
En juillet et août, l’activité est soutenue : les jeunes explorent les alentours du terrier et les adultes s’affairent à constituer des réserves pour l’hiver. Septembre est le dernier mois d’observation avant l’hibernation. Les marmottes, désormais bien grasses, profitent des derniers beaux jours avant de disparaître sous terre pour six mois.
Conseils pour photographier les marmottes
Réussir de belles photos de marmotte des Pyrénées demande patience et discrétion. Voici quelques recommandations pratiques.
- Privilégiez le matin : les marmottes sont plus actives dans les deux premières heures après le lever du soleil. La lumière rasante du matin offre par ailleurs les plus belles ambiances photographiques.
- Utilisez un téléobjectif : un 200 mm minimum est recommandé pour obtenir des portraits serrés sans déranger l’animal. Un 300 ou 400 mm sera idéal.
- Restez immobile : installez-vous à 20-30 mètres d’un terrier repéré et attendez. Les marmottes finiront par reprendre leurs activités si vous ne bougez pas.
- Descendez au niveau du sol : en vous allongeant ou en vous asseyant, vous obtiendrez des photos à hauteur d’animal, bien plus immersives qu’une vue plongeante.
- Respectez l’animal : ne poursuivez jamais une marmotte, ne vous approchez pas des terriers et ne tentez pas de les attirer avec de la nourriture. L’observation doit rester discrète et respectueuse.
Protéger la marmotte, c’est préserver la montagne
Bien que la marmotte alpine ne soit pas menacée dans les Pyrénées, elle reste un maillon essentiel de l’écosystème montagnard. Ses terriers aèrent les sols et favorisent la croissance végétale. Elle constitue une proie importante pour l’aigle royal et participe ainsi à l’équilibre de la chaîne alimentaire. En tant que randonneur, chaque geste compte : rester sur les sentiers balisés, ne pas laisser de déchets et observer la faune à distance contribue à préserver ce patrimoine naturel exceptionnel.
La prochaine fois que vous entendrez un sifflement aigu résonner entre les crêtes pyrénéennes, vous saurez qu’une sentinelle veille sur sa colonie. Prenez le temps de vous arrêter, de chercher du regard cette petite silhouette dressée sur un rocher, et de savourer un instant de vie sauvage au coeur des Pyrénées.
