Couleuvre enroulée au sol dans les Pyrénées

Serpents des Pyrenees : quelles especes rencontrer en randonnee ?

Sentier de randonnee dans les Pyrenees traversant des herbes hautes, habitat naturel des serpents de montagne

Croiser un serpent sur un sentier pyreneen provoque souvent un mouvement de recul instinctif. Pourtant, les serpents des Pyrenees sont des animaux discrets, largement inoffensifs et essentiels a l’equilibre ecologique de la montagne. Savoir les identifier permet de randonner sereinement et de porter un regard nouveau sur ces reptiles fascinants. Voici un tour d’horizon complet des especes que vous pouvez rencontrer en randonnee dans les Pyrenees, avec les cles pour distinguer une vipere d’une couleuvre et les bons reflexes a adopter en cas de morsure.

Les especes de serpents presentes dans les Pyrenees

La chaine pyreneenne abrite une diversite remarquable de serpents. Cinq especes principales frequentent les sentiers et les milieux naturels de montagne, des fonds de vallee jusqu’aux estives d’altitude.

La vipere aspic (Vipera aspis)

La vipere aspic est le seul serpent venimeux des Pyrenees susceptible de poser un probleme de sante. Elle mesure entre 50 et 70 centimetres et se reconnait a sa tete triangulaire bien distincte du corps, a son museau legerement retrousse et a ses pupilles verticales en fente. Sa robe varie du gris au brun, ornee de bandes sombres en zigzag sur le dos. On la rencontre principalement entre 500 et 2 000 metres d’altitude, dans les pierriers, les murets de pierres seches, les lisieres de forets et les landes a genets. Elle affectionne particulierement les versants ensoleilles exposes au sud, ou elle vient se thermoreguler aux heures les plus chaudes.

La vipere aspic est un animal timide qui fuit systematiquement l’homme. Les morsures surviennent presque toujours lorsqu’on marche dessus par inadvertance ou qu’on la saisit par erreur. Son venin, bien que douloureux, est rarement mortel pour un adulte en bonne sante. On denombre en moyenne moins de cinq deces par an en France, toutes especes de viperes confondues.

La couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus)

C’est le serpent le plus spectaculaire des Pyrenees par sa taille et sa vivacite. La couleuvre verte et jaune peut atteindre 150 centimetres, voire exceptionnellement 180 centimetres. Son corps elance est orne de taches vertes et jaunes formant un motif mouchete caracteristique chez les adultes, tandis que les jeunes presentent souvent un patron plus sombre. Rapide et agile, elle grimpe dans les buissons et les arbres avec une aisance remarquable.

Cette couleuvre frequente les milieux ouverts et semi-ouverts de basse et moyenne altitude, jusqu’a environ 1 500 metres : haies, talus, friches, lisieres et murets. Totalement inoffensive pour l’homme, elle peut neanmoins mordre si elle se sent acculee, mais sa morsure est sans danger. C’est une predatrice efficace de rongeurs, de lezards et parfois d’autres serpents, y compris des viperes.

La couleuvre d’Esculape (Zamenis longissimus)

La couleuvre d’Esculape est le serpent emblematique de la medecine : c’est elle qui s’enroule autour du baton d’Esculape, symbole des pharmacies et des medecins. C’est un grand serpent elegant, pouvant depasser 160 centimetres, au corps fin et a la robe uniformement brun olive ou verdatre, parfois ornee de fines lignes blanches. Ses ecailles lisses lui conferent un aspect brillant et satine.

On la trouve dans les forets de feuillus, les clairires, les vieux murs et les granges abandonnees, generalement en dessous de 1 200 metres d’altitude. Excellente grimpeuse, elle s’aventure volontiers dans les arbres a la recherche de nids d’oiseaux. Calme et peu farouche, elle se laisse parfois approcher sans fuir. Elle est totalement inoffensive.

La couleuvre a collier (Natrix helvetica)

La couleuvre a collier est sans doute le serpent le plus frequemment rencontre pres des cours d’eau pyreneens. De taille moyenne (80 a 120 centimetres), elle se distingue par un collier clair (jaune, blanc ou orange) borde de noir, bien visible a l’arriere de la tete. Sa robe varie du gris au vert olive, avec des taches sombres disposees en damier sur les flancs.

Semi-aquatique, elle vit a proximite des lacs, des torrents, des mares et des zones humides, depuis le fond des vallees jusqu’a 2 000 metres d’altitude. Excellente nageuse, elle se nourrit principalement d’amphibiens (grenouilles, tritons, crapauds). Lorsqu’elle est capturee, elle produit une secretion nauseabonde et peut simuler la mort en se retournant sur le dos, gueule ouverte : un comportement de defense spectaculaire mais parfaitement inoffensif.

La coronelle lisse (Coronella austriaca)

La coronelle lisse est le plus petit serpent des Pyrenees : elle depasse rarement 60 centimetres. Sa petite taille et sa robe brun-gris ornee de taches sombres lui valent d’etre souvent confondue avec une jeune vipere, ce qui provoque des frayeurs injustifiees. On la distingue cependant par sa tete peu distincte du corps, ses pupilles rondes et ses ecailles lisses (non carenees).

Cette couleuvre discrete vit dans les milieux rocheux et les landes seches, des collines jusqu’a 2 500 metres d’altitude dans les Pyrenees. C’est le serpent pyreneen qui monte le plus haut. Elle se nourrit principalement de lezards et d’autres petits reptiles. Tres discrete, elle passe l’essentiel de son temps cachee sous les pierres et les plaques de vegetation. Sa morsure est inoffensive.

Comment distinguer une vipere d’une couleuvre

La distinction entre vipere et couleuvre est la question essentielle pour tout randonneur dans les Pyrenees. Plusieurs criteres permettent de trancher rapidement, meme a distance.

La tete. La vipere possede une tete triangulaire nettement plus large que le cou, tandis que la couleuvre a une tete ovale qui se fond progressivement dans le corps. C’est le critere le plus fiable et le plus visible a distance.

Les pupilles. La vipere a des pupilles verticales en fente, semblables a celles d’un chat. Les couleuvres ont des pupilles rondes. Ce critere suppose cependant d’etre assez pres de l’animal.

Les ecailles cephaliques. Le dessus de la tete de la vipere est couvert de petites ecailles nombreuses et irregulieres. Chez les couleuvres, on observe de grandes plaques cephaliques bien definies, visibles meme a un ou deux metres.

La silhouette. La vipere a un corps trapu et ramasse, une queue courte qui se retrecit brusquement. Les couleuvres ont un corps plus elance, une queue longue et effilante progressivement.

Le comportement. La vipere est lente, se deplace sans hate et se love souvent pour se rechauffer au soleil. Les couleuvres sont generalement plus vives et rapides dans leurs deplacements, surtout la couleuvre verte et jaune.

En cas de doute, le reflexe le plus simple reste de s’eloigner calmement. Aucun serpent pyreneen n’attaque l’homme spontanement.

Que faire en cas de morsure de vipere

Les morsures de vipere dans les Pyrenees restent rares, mais il est utile de connaitre les gestes adaptes. Voici la conduite a tenir :

  • Rester calme. L’agitation accelere la diffusion du venin dans l’organisme. Asseyez-vous et limitez vos mouvements.
  • Ne pas aspirer le venin ni inciser la plaie. Ces gestes anciens sont inutiles et dangereux.
  • Ne pas poser de garrot. Le garrot aggrave les lesions locales sans empecher la diffusion du venin.
  • Retirer bagues et bracelets du membre mordu avant l’apparition de l’oedeme.
  • Desinfecter la plaie si vous disposez d’un antiseptique.
  • Immobiliser le membre en position confortable, legerement sureleve.
  • Appeler les secours (15 ou 112) et indiquer l’heure de la morsure et sa localisation.
  • Rejoindre un centre medical. Meme en l’absence de symptomes immediats, une consultation est indispensable. Le venin peut provoquer des reactions retardees.

A noter qu’environ 30 a 50 % des morsures de vipere sont des morsures seches, c’est-a-dire sans injection de venin. L’envenimation se manifeste par un gonflement progressif, une douleur intense et parfois des troubles digestifs. Le traitement medical repose sur l’administration d’un serum antivenimeux dans les cas severes.

Comportement et habitat selon l’altitude

Les serpents des Pyrenees ne se repartissent pas au hasard. Chaque espece occupe une tranche altitudinale et des milieux bien definis, en fonction de ses besoins thermiques et alimentaires.

En fond de vallee (200 a 800 metres), on trouve la plus grande diversite : couleuvre verte et jaune, couleuvre d’Esculape, couleuvre a collier et vipere aspic cohabitent dans un patchwork de prairies, de haies et de forets. C’est aussi la zone ou les rencontres avec les randonneurs sont les plus frequentes, notamment sur les sentiers longeant les cours d’eau.

En moyenne montagne (800 a 1 500 metres), la vipere aspic domine, accompagnee de la couleuvre a collier pres des torrents et de la coronelle lisse dans les pierriers. Les couleuvres verte et jaune et d’Esculape deviennent plus rares a mesure que l’altitude augmente.

En haute montagne (1 500 a 2 500 metres), seules la vipere aspic et la coronelle lisse s’aventurent regulierement. On les observe dans les eboulis, les pelouses alpines et les abords de cabanes pastorales. A ces altitudes, la saison d’activite est courte : les serpents n’emergent d’hibernation qu’en mai ou juin et se preparent a hiverner des septembre.

Tous les serpents pyreneens sont des animaux ectothermes (a sang froid). Ils dependent de la chaleur du soleil pour maintenir leur temperature corporelle et activer leur metabolisme. C’est pourquoi on les observe le plus souvent le matin, se chauffant sur une pierre plate, un muret ou un sentier expose au soleil. Aux heures les plus chaudes de l’ete, ils se refugient a l’ombre et deviennent plus actifs en fin de journee.

Le role ecologique des serpents en montagne

Les serpents jouent un role ecologique majeur dans les ecosystemes pyreneens, bien que ce role soit largement meconnu du grand public.

En tant que predateurs, ils regulant les populations de rongeurs, de lezards et d’amphibiens. Une seule couleuvre d’Esculape peut consommer plusieurs dizaines de campagnols par an, contribuant ainsi au controle naturel de ces rongeurs qui causent des degats aux cultures et aux prairies de montagne. La couleuvre verte et jaune est meme connue pour s’attaquer aux viperes, participant a la regulation de ces dernieres.

En tant que proies, les serpents constituent une ressource alimentaire pour de nombreux rapaces pyreneens : le circaete Jean-le-Blanc, specialiste des reptiles, mais aussi la buse variable, l’aigle royal et le hibou grand-duc. Les renards, les blaireaux et les herissons s’en nourrissent egalement. Les serpents s’inscrivent ainsi au coeur du reseau trophique de la montagne pyreneenne.

Leur disparition aurait des consequences en cascade : proliferation de rongeurs, diminution des ressources alimentaires pour les rapaces, desequilibre des chaines alimentaires. Proteger les serpents, c’est proteger l’ensemble de la biodiversite de montagne.

Depasser la peur des serpents

L’ophiophobie, la peur des serpents, est l’une des phobies les plus repandues dans le monde. Elle repose en partie sur un atavisme ancestral : nos lointains ancetres primates devaient effectivement se mefier des serpents venimeux. Mais dans les Pyrenees, cette peur est largement disproportionnee par rapport au risque reel.

Sur les cinq especes presentes, une seule est venimeuse (la vipere aspic), et ses morsures sont exceptionnellement mortelles grace aux progres de la medecine. Les quatre couleuvres sont parfaitement inoffensives. Toutes les especes fuient l’homme et ne mordent qu’en dernier recours, lorsqu’elles se sentent menacees.

Quelques gestes simples suffisent pour randonner en toute serenite dans les Pyrenees :

  • Porter des chaussures montantes et des pantalons longs sur les sentiers rocheux et dans les hautes herbes
  • Regarder ou l’on pose les pieds, surtout dans les pierriers et pres des murets
  • Taper le sol avec un baton : les vibrations font fuir les serpents avant votre passage
  • Ne jamais retourner une pierre sans precaution en ete : un serpent peut s’abriter dessous
  • Ne pas tenter de capturer ou de tuer un serpent. Toutes les especes sont protegees par la loi francaise

Protection legale et conservation

Tous les serpents des Pyrenees beneficient d’un statut de protection en France. Il est interdit de les capturer, de les blesser, de les tuer ou de detruire leurs habitats, en vertu de l’arrete ministeriel du 8 janvier 2021 fixant la liste des amphibiens et reptiles proteges sur l’ensemble du territoire national. Les contrevenants s’exposent a des amendes pouvant atteindre 150 000 euros et trois ans d’emprisonnement.

Cette protection est justifiee par le declin generalise des populations de reptiles en Europe, sous l’effet de la destruction des habitats, de l’usage des pesticides, du trafic routier et de la persecution directe. Dans les Pyrenees, la disparition des murets de pierres seches, le retournement des prairies et la fermeture des milieux par l’abandon du pastoralisme reduisent les habitats favorables aux serpents.

Chaque randonneur peut contribuer a la conservation des serpents en signalant ses observations sur des plateformes naturalistes comme Faune-France ou iNaturalist. Ces donnees alimentent les atlas de repartition et permettent aux scientifiques de suivre l’evolution des populations.

Les serpents des Pyrenees meritent notre respect et notre curiosite, bien davantage que notre crainte. Les connaitre, c’est mieux comprendre la richesse ecologique de cette chaine de montagnes et la fragilite de ses equilibres naturels. Pour approfondir votre decouverte de la nature pyreneenne, explorez notre guide des fleurs sauvages dans les Pyrenees, compagnes fideles de chaque sentier de montagne.